Skip to content

Le col des enfers

Mi-juillet sur le GR11, la transpyrénéenne côté espagnol. Escapade de 48 heures à peine, départ au-dessus de Sallent de Gallego. Direction le refuge de Respomuso, en remontant une vallée fleurie, odorante et emplie de fraises des bois en cette saison.

Sur la droite coule le rio de las aguas limpias (le torrent des eaux pures) de cascades en méandres, de vasques en névés. Le ciel est limpide et aux sommets voisins s’accrochent des plaques de neige.

Le refuge en fin d’après-midi surplombe un lac aux allures de rivages méditerranéens, des eaux transparentes, une brise chauffée sur les rochers, une invitation aux plongeons.

Le lendemain, changement radical de décor et d’ambiance. La bruine se transforme rapidement en pluie, les nuages défilent, bas et lourds, le vent est glacial. Cela sent l’hiver.

Montée vers le col des enfers pour rejoindre le refuge de Bachimaña. Les torrents sont chargés d’eaux et les gués se devinent sous le fort courant. Le seul choix est de tremper les chaussures ou de les oter pour se geler les pieds. Les marmottes sont restées au chaud, pas de trace de vie. Il faut rajouter des vêtements plus chauds au fur et à mesure de la montée.

Les dernières dizaines de mètres pour accéder au col de Tebaray, il faut sortir les crampons et le piolet, rassembler tout son courage, éviter de regarder vers le bas et vers le haut, sonder la neige pour éviter de glisser contre la paroi, puis grimper sur la roche friable en vérifiant chaque prise car le rocher ne demande qu’à dévaler la pente. Les pics tout proches sont invisibles, et la neige tombe depuis un petit moment.

Une fois contourné le lac entre le col de Tebaray et le col des enfers, il ne reste plus qu’à descendre les névés, succession de glissades dans la neige mouillée et de luge improvisée sur les pentes les plus favorables.

Lac après lac, cascade après cascade, un troupeau de moutons, quelques éclaircies, le granite en énormes blocs arrasés, finalement le refuge et le barrage, sous un ballet d’hélicoptère.

Le lendemain, l’été est de retour et en redescendant vers le Balnéarios de Panticosa il faut faire place aux hordes de randonneurs qui viennent voir le lac, oubliées les solitudes glacées de la veille.

Cascades et défilés encaissés, parois fleuries et passages aériens, pour finir à la station thermale des Balnéarios de Panticosa, décadente et semi-abandonnée comme la plupart de ses soeurs pyrénéennes, un vague air de fin d’un monde. Définitivement, un retour à la civilisation et la fin de la randonnée.