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Du miel (presque) à portée de main

Posted in Aragon, archéologie, Monégros, and randonnée

Last updated on 3 janvier 2019

Un matin dans le désert des Monégros. Le ciel est d’un bleu profond, comme souvent, comme pour mieux faire ressortir les ocres et les jaunes de la terre et de la pierre. Le soleil s’efforce de chauffer plantes et minéraux, qui en retour offrent les odeurs de l’été méditerranéen, si loin pourtant.

Quelques fleurs, romarins, genêts,  ont perdu tout repère dans cette douceur de décembre, et attirent de minuscules abeilles. Les vautours planent tranquillement, juste au-dessus des falaises, en longs cercles vigilants.

Le sentier longe le bord des falaises justement, ces sentinelles inutiles d’une mer depuis longtemps disparue. En contrebas, à défaut d’eau pour refléter les cieux,  quelques champs ingrats d’épineux pas encore abandonnés, des ravins creusés par de violents orages, quelques blocs de grès que l’érosion n’a pas fini de gommer.

Le chemin a été restauré il y a peu, et une pancarte indique autant qu’elle décourage, une sente qui s’aventure sur les flancs de la pente : « vers la corniche de Miramiel, à vos risques et périls ». Comment résister à pareille tentation ?

La piste devale dans un terrain sablonneux instable, jusqu’au bord du vide. Un bloc garde l’entrée d’une cheminée naturelle, ouverte d’un seul côté, descendant sur une petite corniche donnant sur le précipice. Quoique, naturelle ? À y regarder de plus près, se dessinent dans la roche des marches, taillées de part et d’autre de la faille, quelques prises pour les mains aussi. Et puis, lorsque la vue s’ajuste au contre jour, il apparait que les deux parois opposées portent les traces de taille, sur toute leur surface.

Un travail vertigineux de Sysiphe désoeuvré, peut-être … ou de gourmand que rien n’arrêtera. C’est qu’en contrebas, sur la périlleuse plateforme, dans le creux du rocher, une colonie d’abeilles avait espéré établir son nid à l’abri des convoitises. Las, il n’est de refuge face à la détermination des tailleurs de roche.

Si l’on comprend le motif, on ne connaît pas les coupables, ni l’epoque de ces larcins prémédités et certainement répétés. On ne peut qu’admirer l’audace et la grandeur du geste, avant de remonter s’asseoir près d’un romarin en fleurs autour duquel bourdonnent les descendantes d’une reine mal inspirée.

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