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L’ermitage sous la cascade

Posted in Aragon, Huesca, Patrimoine, and randonnée

Last updated on 2 juillet 2019

C’est un ermitage de presque rien. Trois murs de pierre adossés à la paroi, une petite cour, une cloche, guère plus. Il a dû connaître des jours plus glorieux, il n’est désormais qu’une ruine en devenir. Il ferait presque un peu pitié.

Mais alentour, la cascade qui s’élance de la roche donne une dimension légère, aérienne, mouvante au site. Les gouttes viennent s’écraser sur les stalactites, minuscules minéralités transportées de la falaise vers le sol dans des trajectoires capricieuses, laissant des masses informes s’élever peu à peu vers leur origine. La lumière filtre et se transforme à travers le rideau de goutelettes, et tout devient comme magique.

Quelques arbres fruitiers de longue date abandonnés, les éclats de couleur des fleurs, des ronces et orties trahissent l’ancienne occupation humaine des lieux. Dans la chaleur de l’été, c’est un hâvre de paix et de fraîcheur, le silence est à peine troublé par la cascade voisine, le chant des insectes, les cris des grands corbeaux protestant contre la cohabitation forcée avec les vautours fauves, l’appel d’une chèvre sauvage.

Pour venir jusque là, il faut suivre le fond des canyons, monter dans la forêt fragile, se glisser sous les parois au sol jonché de plumes, s’aider un peu des cables d’acier installés pour le franchissement de certains passages rocailleux, monter encore, reprendre son souffle devant les panoramas sauvages de la Sierra de Guara, descendre les chemins de chèvre, franchir les filets d’eau, remonter encore, le tout dans les chaleurs sèches de la vègétation méditerranéenne.

C’est une excursion de quelques heures, rien de si terrible … la plupart du temps, du moins. L’histoire parle de tempêtes soudaines, d’orage brutal qui vient déverser des litres d’eaux sur les malheureux randonneurs, alors incapables de retraverser les filets d’eau devenus torrents furieux, risquant les éboulements de falaises, contraints de passer la nuit dans le monastère humide et froid. Ainsi, le bâtiment redevient, l’espace de quelques heures, le refuge contre les éléments bienvenu dans son efficace simplicité.

 

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