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Alicun et ses travertins

Posted in archéologie, Espagne, Patrimoine, and Voyages

Last updated on 31 octobre 2023

Un peu par hasard, la route m’emmène jusqu’au minuscule hameau de Alicún de las Torres, en Sierra de Gádor. Le véritable objectif était le village de Gorafe, mais faute d’y trouver un emplacement idéal, c’est à dire autorisé et offrant de l’ombre pour pouvoir y laisser le chat sans danger le temps d’une ou deux visites au musée et aux habitations troglodytes, j’ai continué, juste pour voir. Et ce que j’ai trouvé valait la peine d’être vu !

Tout d’abord, un paysage désertique de falaises ravinées, bien nommées les « coloradas ». Puis dans un coude de la route, une petite pinède où garer le cha(t)mion et passer la nuit, en face d’un établissement thermal, fermé en attendant la haute saison.

Juste en dessous du parking, les eaux chaudes ressurgissent brièvement, pour se diriger d’un côté vers un petit ruisseau alimentant en été une immense piscine ludique, dont ne témoignent pour le moment que quelques jolies cascades et petits bassins. De l’autre côté, le petit filet d’eau vive emprunte une canalisation au moins partiellement naturelle, à l’air libre, réutilisé en aval pour irriguer les cultures.

Cet ensemble de huit sources thermales est déjà attesté au XIIème siècle par le géographe et cartographe Al-Idrisi. L’eau ressort ici d’une faille, à une température de 35 degrés celsius, après avoir été chauffée à 56 degrés dans l’acquifère (de la Sierra de Baza et possiblement de Mencal), situé à 650 ou 800 mètres sous la surface. Elle est fortement minéralisée, chargée en
bicarbonate de calcium et sulfate de magnésium. C’est cette propriété qu’exploite l’établissement thermal voisin (rhumatismes, circulation sanguine, système nerveux, digestif et peau).
C’est également sans doute l’un des éléments, avec la situation stratégique de l’endroit entre deux vallées, à la confluence des ríos Fardes y Gor, qui explique l’abondance de traces de présence humaine, au moins depuis le paléolithique supérieur.

Un sentier suit justement cette canalisation, nommée la Acequia del Toril. Il s’agit de veritables murailles naturelles en travertin, formées par les concrétions calcaires et par la minéralisations des plantes, poussant allègrement sous l’effet de cette eau chaude à profusion. Il est facile d’imaginer qu’un initial canal d’irrigation ait été aménagé au niveau du sol pour amener l’eau sur un site habité, puis se soit progressivement élevé jusqu’à atteindre sa hauteur actuelle, de plus de 10 mètres dans sa partie la plus élevée.
Cependant, des datations scientifiques de ce monument naturel unique en Europe invalident cette théorie, puisque les parties les plus anciennes datent de 205.000 ans et les plus récentes remontent encore à 35.000 ans. Soit bien avant le début même du néolithique. Que les agriculteurs aient ensuite réutilisé cette structure pour irriguer des champs est bien compréhensible, mais ils n’en sont de toute évidence pas les créateurs.

Le chemin longe d’abord le canal devenant rapidement aérien, puis le traverse par une petite ouverture dans ce mur de trois mètre d’épaisseur pour se transformer en une ruelle étrange, enserrée entre deux parois, l’aqueduc ayant connu plusieurs tracés, certains abandonnés ou interrompus par un effondrement de paroi. Le tout serpente doucement sur plus d’un kilomètre et demi, ouvrant parfois un passage ou une petite grotte, laissant deviner un passé de minéralisation progressive.

En ce début avril anormalement chaud, se promener dans cet espace bien tempéré est un délice pour les sens, reposant et apaisant en même temps que suscitant l’émerveillement devant la beauté de l’ensemble.

La promenade se termine sur la découverte de quelques dolmens sauvages, mais il s’agit là d’une nouvelle histoire, qui reste à écrire. C’est encore un autre univers, et en ce soir de printemps andalou qui a toute la douceur d’un été, restons encore un peu dans la fraîcheur de ces jolies petites falaises calcaires couvertes de plantes semi-aquatiques.

Pour suivre ce voyage sur la carte, cliquez sur voyage en Espagne 2023 : deuxième tronçon, site I.

© Gwen Caillet 2023 – Tous droits réservés.

2 Comments

  1. GUICHARD
    GUICHARD

    Merci infiniment Gwen, grâce à toi je peux voyager à travers des lieux inaccessibles pour moi.
    Les couleurs de la nature : roches, arbres et ciel me plongent dans un tableau fantastique !
    S’il vous plaît raconte moi encore des histoires.

    11 avril 2023
    |Reply
  2. GUICHARD
    GUICHARD

    Merci Gwen, grâce à toi, je voyage à travers des sentiers et étendues où je ne peux aller.
    Les couleurs de la Nature : roches, arbres, ciel sont splendides !!!
    S’il vous plaît raconte moi une histoire ….encore et encore 🙏

    11 avril 2023
    |Reply

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